
Québec, le 11 mars 2010
Tristesse!
Le président américain Obama craint pour les Haïtiens, victimes du séisme du 12 janvier dernier, que les pluies les arrosent fortement, faute de tentes. Quant au président haïtien Préval, il se réjouit de l’aide promise par les États-Unis d’Amérique mais élève la voix pour que cesse l’aide humanitaire destinée à la nourriture de son peuple. La raison : les haïtiens éprouvés n’iront pas travailler la terre qui doit les nourrir.
Comment peut-on tenir de tels propos, à peine deux mois après le tremblement de terre survenu le 12 janvier dernier? Comment demander à ce peuple de se nourrir par lui-même, lorsque la misère est sur leurs dents et que l’on s’inquiète des pluies diluviennes hors les tentes.
Le président Préval mange dans quelles assiettes? Où prend-t-il l’eau, le lait, le vin, les fromages et autres victuailles? Ira-t-il lui même dans les champs pour cultiver la terre et l’esprit de son peuple afin de redonner l’espérance? Ce n’est pas le temps d’affamer les pauvres et de les accabler davantage pour le moment. Ils ont tout perdu.
‘Donnez-leur vous même à manger’ dit Jésus en voyant les foules devant lui. ‘Il y a un temps pour tout’, nous dit l’Écriture. Serait-ce déjà le temps venu de les affamer encore plus, sous prétexte qu’ils attendront que la nourriture leur advienne dans la bouche? N’est-ce pas compréhensible qu’il en soit ainsi puisqu’avant le 12 janvier la misère planait sombrement sur ce peuple?
La lettre de l’Archevêque Serge Miot, mort le 12 janvier sous les décombres de l’évêché, et datée du 4 avril 2009, demeure le testament d’un prophète. Elle s’intitule : ‘La terre se meurt’. Il n’a pas eu froid aux yeux quand il interpellait le gouvernement haïtien devant le scandale d’une écologie de la terre sans respect.
Quelle information le président Préval donne-t-il au monde entier en demandant d’exclure l’estomac de son peuple dans le programme de reconstruction? Les Haïtiens ont démontré leur courage au-delà du possible dans cette récente épreuve. Nous avons là un regard matérialiste, technique, capitaliste à outrance.
‘Allez travailler dans les champs pour nourrir vos estomacs, nous on s’occupe du reste! ‘
Le président Préval mangera certes encore dans des assiettes en porcelaine, son peuple, rien, dans des mains vides et sèches du manque de compassion.
Ici, ce sont les pains qui se transforment en pierres puisque nous entendons :
‘ Ne leur donnez pas à manger!’
Denis Veilleux prêtre